Petits rappels
On a choisi de nommer dispositif scénique l’organisation du journal télévisé dans l’espace (studio), mais aussi l’angle de ses prises de vues et son organisation formelle. Nous nommons dispositif, l’espace de narration du journal télévisé, à savoir sa scène (le studio) et ses différents appendices, ce sont les lieux à partir desquels les narrateurs opèrent.
Le studio
Lorsque l’on étudie la disposition dans l’espace du studio, on est surpris par plusieurs de ses aspects. Le décor est déjà une mise en scène de l’actualité puisqu’on y voit des moniteurs, des caméras et un table sur laquelle sont accrochés des micros. Dans certains JT, on voit même une salle de rédaction fictive.
Dans les blogs littéraires vidéos le studio est le bureau de l’écrivain.
Le présentateur
Au centre du studio se trouve le présentateur, celui-ci regarde toujours l’écran, donc le téléspectateur droit dans les yeux. En fait il lit son texte sur son téléprompteur, un appareil inventé aux États-Unis. Le texte du présentateur, dactylographié sur une bande de papier large de neuf centimètres (pour que le mouvement des pupilles ne soit pas trop ample), y défile sous l’objectif d’une caméra vidéo. La vitesse de défilement est contrôlée par une assistante qui a tapé le texte et connaît le débit de parole du présentateur. Le téléprompteur à libéré le journaliste des feuillets de papiers et lui permet donc de regarder droit dans les yeux l’objectif. Il est toujours cadré à gauche de l’écran pour que l’oeil du téléspectateur, en balayant l’écran, le trouve en premier ; il joue de manière expressive avec la partie émergée de son corps, en penchant la tête à droite ou à gauche lorsqu’il regarde avec gravité le téléspectateur avant que ne soit lancé un reportage ; en fronçant les sourcils ou en plissant le front pour souligner l’intensité d’une nouvelle ; en ferment ostensiblement les paupières pour exprimer un doute, un étonnement, son visage est un reflet d’âme, miroir de la tragédie et de la beauté du monde. Il joue la comédie de l’aisance, du naturel, de la vie. Jamais figé, il s’affaire sérieusement. Il exprime ce que l’on va ressentir, que cela soit terrible ou merveilleux. Le présentateur du journal télévisé, nous regarde, il nous sourit, il joue avec sa bouche, ses yeux, puis devient sérieux, charmeur en fonction de l’actualité dont il nous parle. Pourtant il ne nous voit pas, il regarde une caméra et le texte d’un prompteur. Comme le comédien, le présentateur simule des sentiments donnant à l’actualité encore plus de sens. Pour E. Véron, la presse à produit la médiatisation par la lettre. La télévision a apporté la médiatisation du corps signifiant dans l’information. “Dans le cas du présentateur moderne, la rencontre des regards devient l’axe qui supporte la construction du corps médiatisé de l’énonciateur. L’ordre métonymique se déploie alors dans un gestuel complexe.”
Edgar Morin dit que les vedettes, les acteurs, les présentateurs, tous ceux qui personnifient la transcendance du spectacle, sont les personnages et presque les divinités de ce nouvel Olympe.
Dans les blogs littéraires, le médiateur aimerait devenir divinité.
Ce spectacle remplit un vide dans l’existence de l’homme moyen moderne. Pour Morin “Les effets de projection et d’identification permettent au téléspectateur tout à la fois de se situer dans un monde changeant, de se croire maître de la réalité par la possibilité de passer du réel à la fiction, et enfin de créer une participation entre son univers quotidien et un univers quasi mythique par le truchement des vedettes.”
Dans certains blogs littéraires vidéo les effets de projections sont différents. Nous vivons par procuration. Nous regardons par procuration. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Nous avons les yeux fixes. Nous ne pouvons pas les détourner. Nous devons regarder. Nous sommes happés. Nous aimerions fermer les yeux, mais ils restent ouverts. Nous nous sentons coupables de regarder. Nous sommes coupables de regarder.
Tags: vidéo,
notes,
blo,
télévision,
webcam